« Etre en proximité », une philosophie de l’accompagnement…

11/12/2018

 

L’exercice relationnel n’est jamais aisé. Les recommandations fusent de toute part. Certains prônent  la bonne distance, d’autres exhortent à se protéger des relations trop proches, d’autres encore fustigent toute absence d’affect. Qu’en est-il de la relation d’accompagnement ? Sur quel référentiel le coach de vie va-t-il s’appuyer ? Distance ou proximité ?

 

La question pour le coach de vie, est-elle de se mettre à bonne distance ou « entrer en proximité(1) » ? L’accompagnement survit-il à l’expérience de la distance, fusse-t-elle bonne ? Celle-ci serait-elle garante de plus d’objectivité et d’efficacité ? Implicitement, la bonne distance préserverait le professionnel. Il y aurait ainsi une distance à l’autre qui le protégerait… Se tenir à distance éviterait la fusion et l’abordage émotionnel du client sur le professionnel. Se tenir à distance de l’autre pour se préserver, telle est la recommandation que j’entends ici et là, circuler.

 

Une telle approche m’interpelle et pour tout dire me choque. Si je pense à me protéger de l’autre, à me tenir à une distance suffisante pour ne pas être « pollué » par celui même que je suis censé accompagner, alors il faut rapidement changer de métier ! La notion de bonne distance implique qu’il existe une mauvaise distance. Cette mauvaise distance est-elle celle qui serait trop proche ? Ou trop éloignée ?

 

Tenir l’autre à distance engage l’idée que le distant est la mesure d’une relation, de plus est, une relation d’accompagnement. Cela conduit à se méfier de l’autre, à opérer une mise en relation qui débute par l’étrange réflexe de prendre de la distance vis-à-vis de celui que l’on est censé accompagner dans un côte à côte accueillant et acceptant.

 

L’autre est une chance…

 

Accueillir l’autre de façon inconditionnelle et le recevoir dans sa différence et son entièreté en étant soi-même dans sa singularité et sa globalité engagent une nécessaire proximité. Le distant, comme unité d’implication dans la relation, oriente le professionnel vers un repli comme si l’autre est potentiellement une menace. L’autre est une chance. Il me suggère par sa présence, de  « relationner », d’expérimenter une mise en contact, d’incarner ce que je suis fondamentalement : un être conçu pour être liant et relié à mes semblables.

 

L’idée même d’être en lien désigne la proximité comme une dimension relationnelle fertile et créative. C’est la proximité qui procure le plus de chances de rencontrer l’autre. La relation est ainsi possible. L’autre devient une chance pour moi, celle de m’essayer à une relation humainement partagée. Si la distance réduit, la proximité ouvre et m’ouvre. L’autre n’est pas un risque dont je dois me méfier. Si je pose l’autre comme un risque, je n’aurai de cesse de l’éviter pour me préserver, de le cerner pour me prémunir, de le maîtriser pour me protéger. Avouez que l’espérance d’accompagner cet autre, et conjointement chercher à le maintenir à distance, est paradoxale.

 

« Entrer en proximité » est une démarche, voire une philosophie de l’accompagnement. C’est bien plus qu’une réplique opposée à la mise en distance. « Entrer en proximité » c’est accueillir la relation à l’autre comme un art, avec ses joies, ses doutes, ses questionnements et ses bouleversements. « Entrer en proximité » ce n’est pas simplement réduire la distance. C’est induire un écart qui distingue, un mouvement qui relie, un respect qui oblige. La procession est infinie, sans cesse ajustée. Cet écart ne donne corps ni à l’état fusionnel, ni à une mesure idéologique d’une « bonne proximité ». Comme il n’y a pas de bonne distance, il n’y a pas de bonne proximité. Il y a une  proximité qui est tout simplement insaisissable mais vers laquelle j’oriente ma présence, ma verticalité, mon éthique et ma pratique professionnelle avec patience. « Entrer en proximité », c’est commencer à être en proximité, dans un état de proximité.

 

« Entrer en proximité », c’est accueillir un immense chantier relationnel

 

Il est question d’un exercice responsable, d’un mode relationnel qui rend possible la rencontre. Chaque rencontre est un essai, une approche qui s’ajuste à l’autre, sans la prétention d’obtenir mais dans la joie toute simple de recevoir. « Entrer en proximité », c’est accueillir l’immensité du chantier relationnel où rien n’est à atteindre mais à vivre. C’est un lieu où la force d’être interagit, où l’un comme l’autre ne sont pas annulés. « Entrer en proximité » participe à la sauvegarde de l’altérité et de la dimension humaniste dans la relation. C’est aussi s’approcher, s’exposer dans une relation de personne à personne, d’Être à Être, dans une quiétude partagée. « Entrer en proximité » ne relève pas d’un savoir mais d’une expérience de confiance du lien. Il est question alors d’accueillir l’incertitude, l’imprévisibilité et l’inconnu de la relation à l’autre. Accueillir et accepter qu’il en soit ainsi, que l’autre se dérobe, s’échappe, s’esquive ou bien se livre, se raconte et s’expose. Être là, en toutes circonstances. Être là dans un côte à côte dont seule la proximité a le secret. « Entrer en proximité » c’est être proche, certes, mais jamais assez. C’est un mouvement qui n’en finit pas d’approcher et de s’ajuster. Il se délie de la moindre fixité, il se défait de la moindre saisie.

 

« Entrer en proximité » est une expérience « cheminante » au sein de laquelle se joue le rapport à soi, à la posture, à la verticalité, à la non intention, à la non saisie de l’autre, d’autant plus que l’accompagné à cet instant, est à portée de mains. C’est aussi échapper à la connaissance de l’autre, à son analyse, au profit d’une présence d’Être à Être. Être si proche, si offert à l’autre dans la vulnérabilité de la relation, si interactif que seule une situation d’accompagnement, par sa déontologie et son éthique, place l’un et l’autre dans une relation ou chacun n’a rien de commun, et encore moins de projet pour l’autre.

 

Si le client a un projet, il est logiquement pour lui-même. Quant à l’accompagnant, le seul projet qu’il puisse investir, c’est celui d’une responsabilité éthique de la relation qui suppose aucune attente, intention et désir pour l’autre. Chacun à un projet pour lui-même : celui de l’accompagné est de trouver en son for intérieur, dans ses terres inconnues, les réponses à ses questions. Celui de l’accompagnant, d’être un approchant(2), rien qu’un approchant…

 

Le mouvement relationnel originel de l’accompagnement est l’approche. Approcher sans visée, sans but, sans vouloir quelque chose. Être en approche véhicule une portée généreuse : celle d’être présent et en présence, vide de l’intention de convertir quoique ce soit en résultat.

 

Un accompagnant est à la fois un approchant et un renonçant

 

Un accompagnant est à la fois un approchant et un renonçant. Il renonce à vouloir pour l’autre, à savoir sur l’autre, à faire pour l’autre. « Entrer en proximité » c’est penser et incarner la relation de l’approche. Celle-ci converge vers la rencontre alors que la distance l’empêche et la fusion l’annihile.

 

Approcher l’autre sans le saisir, être en présence et « entrer en proximité » comme l’on entre de façon contemplative et attentive dans un espace sacré, sans exercer d’influence, c’est considérer l’accompagnement comme un essai d’humanité à renouveler sans cesse.

 

Roger DAULIN

Directeur de Ecol'COACH

Formateur au métier de Coach de vie

www.formation-ecolcoach.fr                                                                                 

04 78 30 14 87 ou 06 12 32 91 46

 

(1) La proximité est un concept plus fluide et moins rigide qui tend à remplacer celui de la distance. La notion de distance sépare, celle de la proximité relie (source cairn.info)

(2) Emmanuel Lévinas, grand philosophe du XXème siècle a très largement développé les notions de distance, de proximité et d’approchant.

 

 

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