« Merci pour ce que vous m’avez transmis »

05/08/2019

 

 

Une cliente, en fin de mission, me serre la main, me regarde avec émotion et me dit : « Merci pour ce que vous m’avez transmis ». Qu’ai-je pu transmettre à cette jeune femme ? Que s’est-il joué pour elle dans cet entre-deux relationnel, dans cet espace étrange où des portes s’ouvrent, des horizons s’éclairent et des vies redeviennent fécondes. Que passe-t-il par soi qui se transmet mystérieusement à l’autre avec autant de fulgurance que de pertinence ? Je ne le saurai jamais. C’est la part de l’ange, la part secrète d’un fardeau qui se dépose, d’une répétition qui se désamorce ou plus encore d’un passage inattendu en terre nouvelle.

 

De tout temps des êtres humains ont accompagné leurs semblables. Cet acte inscrit l’être humain dans un processus générationnel reçu en héritage. A notre tour nous le transmettons en accueillant des « clients errants » ou porteurs d’un projet de vie. Il existe ainsi une dette générationnelle qui implique à certains d’entre nous de devenir des passeurs et des facilitateurs pour que d’autres puissent se révéler à eux-mêmes, se découvrir, se réaliser, et lorsque le moment sera venu, de transmettre à leur tour à leur façon..

 

Transmettre relève moins de vouloir transmettre que de laisser se manifester la transmission. Il est question de laisser se transmettre ce qui peut se transmettre, ce qui peut être reçu et accueilli sans engendrer de dette, en laissant seulement émerger de l’émerveillement et de la reconnaissance pour ce qui s’est transmis.

 

Dans ce processus, la capacité à accueillir est aussi importante que celle de laisser se transmettre ce qui peut se transmettre. Laisser être ce qui peut être. Laisser se faire ce qui peut se faire. Ce qui se délie d’une part et ce qui se relie d’autre part est aléatoire. La transmission n’est pas une perpétuation à l’identique. C’est une réappropriation de quelque chose qui passe par une filiation consentie. Ce qui se transmet provient en partie d’un héritage précédent, constitué de croyances, de valeurs, d’expérimentations et d’actes pleinement réalisés comme inachevés.

 

 

Transmettre n’est pas une affaire de volonté

 

 

Encore une fois, transmettre n’est pas une affaire de volonté. Il n’est pas non plus question de former, de guider et encore moins d’imposer. Il serait d’ailleurs plus juste d’utiliser l’expression « ça se transmet ». Mais que se transmet-il réellement ? Un élan ? Une expérience ? Une connaissance ? Ce qui se transmet est sans cesse en mouvement, fragile et pourtant si déterminant. Certes, ce qui se transmet est aussi tributaire des capacités d’accueil, d’assimilation et d’intégration de la personne qui réceptionne. C’est quelque chose qui passe par soi à d’autres mais dont nous ne sommes pas propriétaires. « Ca transite, ça passe par soi, en soi ». S’agit-il d’un acte, d’un processus ou plus certainement d’un état ? Entrer dans un état de transmission, est-ce cela dont il est question ? Est-ce porter un regard confiant sur ce qui se transmet, sans en maîtriser le contenu, sans l’orienter, sans l’influencer ? Etre tout simplement en confiance sur « ce qui se passe et est en mouvement » entre deux êtres humains. Certes, il y a du contenu et du vécu qui tentent de changer de rive mais ce qui fait la valeur d’une transmission est au-delà et différent de ce que nous voudrions donner. La transmission n’est pas une dette en devenir. Elle est un milieu ouvert dans lequel s’exerce un passage de témoin aux formes aussi diversifiées qu’insolites et imprévisibles. Elle n’est pas non plus de vouloir « faire passer coûte que coûte quelque chose » en ignorant ou en contraignant le besoin de celui auquel la transmission est destinée. La transmission relève davantage de « qui reçoit quoi ? » plutôt que « tu reçois cela de moi ».

 

L’empreinte de la transmission se doit d’être légère, joyeuse, évidente, pleine de sens. Il est question de portes qui s’ouvrent plutôt qu’un fardeau à porter. Ce qui se transmet peut s’avérer indéfinissable et pourtant cela vaut la joie d’être vécu. Le champ de la transmission n’est pas un champ clos. Il est sans attente et sans promesse. Est-ce que  « quelque chose passe » lorsque précisément ce quelque chose échappe à la possessivité ? Cela suppose habiter pleinement cet état de transmission - être en transmission - et laisser la liberté à ce qui est transmissible de transiter sans opérer une quelconque sélection dans ce qui peut ou doit se transmettre.

 

Dans ce qui se transmet, il y a quelque chose qui ne peut se dupliquer, se reproduire à l’identique. Ce n’est pas du figé qui se transmet mais bien « une chose en mouvement » qui est à son tour questionnée, réinterrogée, retraversée… La transmission ne débute pas à zéro à chaque personne.  Nous sommes les uns et les autres façonnés par ce qui nous est transmis, par ce que nous en faisons et par l’enseignement que nous en tirons. Personne ne peut prétendre et revendiquer d’être un point de départ. En revanche, nous sommes des relais et chaque être humain s’approprie ce qu’il reçoit à sa façon, et à sa façon il le restitue en le prolongeant ou en le limitant mais toujours en le modifiant.

 

Être un passeur, c’est-à-dire un transmetteur, c’est incarner quelque chose qui passe, qui se véhicule dans l’instant, quelque chose d’éphémère mais qui excelle à favoriser l’étonnement, l’émerveillement, le signifiant. Ce qui se transmet pose chacun à une place. Celle par qui « ça se transmet » et celle par qui « ça s’accueille ». Et nous sommes sans cesse passeur et récepteur, transmetteur et « accueilleur ». La place de l’un et de l’autre s’expérimentent, s’affinent, se déploient, s’élargissent, s’acceptent… Mais le savons-nous ? Accepter d’accueillir, de recevoir, c’est déjà transmettre. C’est reconnaître une filiation, un lien, une place. Accueillir avec conscience, c’est déjà être à une place, une place mouvante et émouvante, une place qui facilite la présence à soi dans la relation à l’autre. Une place féconde et créative, une place qui verticalise l’être que l’on est, une place qui engendre enfin du vrai, du juste, une place où l’on est reconnu et entendu tel que l’on est, là où l’on en est.

 

 

Etre là où « ça se transmet »…

 

 

Être reconnu et entendu là où nous en sommes et tels que nous sommes signe une appartenance à une filiation, à une lignée générationnelle. Être là où « ça se transmet » et parce que « ça circule et ça passe » est une des finalités du processus de transmission. Il y a, à cet instant, de l’ouverture, du sens et de la confiance partagée qui se transmet. Il se joue à cet instant une croyance en l’autre, une évidence joyeuse que cet instant est unique, que chacun est au bon endroit, au bon moment, à une place qui est véritablement la sienne et d’une intensité révélatrice de quelque chose qui se transmet et qui passe.

 

Mais revenons à la question première : que se transmet-il en soi, par soi, à l’autre ? Peut-être le risque consenti d’être enfin soi-même, de recevoir l’autre sans être redevable, de prendre d’abord le risque de perdre avant de recevoir, de se laisser féconder par la vie qui passe, de se découvrir à une place où l’on reçoit et où l’on donne, où ce qui se transmet relève d’un art de vivre, d’éclore et de s’épanouir. Ce qui se transmet, c’est précisément que nulle part nous pouvons nous installer, que tout est mouvement, que « ça bouge » toujours et toujours…

 

Ce qui se transmet, n’est-ce pas ce voyage perpétuel, ce questionnement récurrent, cette quête permanente qui s’offre à soi, ce message vivant qui utilise le fait d’être à sa juste place en tant qu’homme ou femme pour se renouveler au cœur de cette filiation humaine ?  La transmission est un acquiescement à ce qui est là, tel que cela se présente, sans vouloir que ce soit autrement. Que se transmet-il en soi, par soi, à l’autre ? Peut-être le passage de vivre à l’art d’exister…

 

 

Roger DAULIN

Ecol'COACH

Organisme de formation au métier de coach de vie

www.formation-ecolcoach.fr                                                                                 

 

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