Coacher une transmission de savoir-faire en entreprise

13/08/2019

 

Une mission qui a marqué mon parcours de coach de vie m’a été confiée par le PDG d’une PME de 100 personnes. Spécialisée dans la coutellerie de luxe, une partie significative de son savoir-faire était entre les mains d’un professionnel de plus de 65 ans, ingénieux, passionné, infatigable perfectionniste et « qui a du caractère » me précisa mon interlocuteur de façon pudique. « Mr Henri B. a épuisé cinq apprentis, trouvant d’après ces dires, ces jeunes blancs becs incapables et fainéants. Mais il en va de la pérennité de l’entreprise de trouver un successeur à Mr Henri B. Cette transmission doit se faire. Pouvez-vous coacher cette passation d’expérience ? Nous venons de recruter un jeune gars qui semble avoir une formation de base conforme à nos besoins et une solide motivation ».

 

« Et Mr Henri B. qu’en pense-t-il ? » demandai-je prudemment. « Il faut voir ce qu’il a dans le ventre ce jeunot. Il a une bonne tête mais l’habit ne fait pas le moine » me répondit Henri B. lors d’une entrevue destinée à expliquer les modalités du coaching de vie commandé par son patron.

 

Capitaliser l’expérience de Mr Henri, comme j’ai fini par l’appeler à l’instar de tout le personnel, de faciliter durablement le transfert de compétences tout en valorisant humainement cette démarche, tel était l’objectif de la mission. Celui de Mr Henri était de transmettre son savoir-faire acquis sur le tas, « à quelqu’un qui en vaut le coup ! » Et Xavier T. 27 ans, bac+2, prêt à collecter les bonnes pratiques et à faire un usage productif de cette transmission.

 

D’une capitalisation d’expériences à une transmission pérenne, l’exercice ne fut pas facile. Tout d’abord pour Xavier T. qui a dû ravaler plus d’une fois sa fierté, courber l’échine, accepter d’être jugé impitoyablement chaque jour et piégé quelque fois par Mr Henri. Pour ce dernier qui, au fur et à mesure de la transmission vivait de façon mêlée le plaisir de passer le relais et la frustration de se laisser déposséder. « Je me sens à poil » a lâché plusieurs fois Mr Henri en bougonnant. L’accompagnement de ce binôme fut rude : des portes ont claqué parfois, des voix se sont élevées, plus d’une fois le cadre de ce coaching de vie a été reprécisé et reposé. Plus de 20 séances ont été nécessaires. Ma mission s’est organisée sur la base du coaching des deux sujets en même temps sur des séances de 2 heures. Clarifier la démarche, permettre à Mr Henri et à Xavier T., au-delà  de leur but respectif, de se retrouver, de partager et d’atteindre un objectif commun a été le fil conducteur de cette mission. L’un et l’autre ont mis en place une organisation, des moyens et des étapes intermédiaires pour faciliter la passation et l’intégration de ce savoir-faire.

 

L’apport de l’accompagnement coaching de vie, au-delà du dispositif spécifique à la nature de cette intervention, a été de créer un climat propice permettant à Mr Henri de raconter son expérience, de la décrire, de la formaliser et pour Xavier T. d’analyser précisément ce savoir-faire, de questionner l’expérience impressionnante de Mr Henri et de capitaliser l’ensemble. Et que « les petits secrets de Mr Henri » soient identifiés, partagés et valorisés ! La difficulté de cette mission a été de créer ce climat de confiance indispensable pour que cette transmission se vive avec sérénité. Les séances se déroulaient en terrain neutre pour l’essentiel, quelquefois dans l’atelier.

 

A la moitié de la mission, il y a eu un temps de bascule qui restera gravé dans ma mémoire. Jusqu’alors chacun des protagonistes se maintenait sur un échange très professionnel, peu porté à confier leurs états d’âme. Un jour cependant, Xavier T. prononce à voix basse, à l’adresse de Mr Henri : « Merci infiniment pour ce que vous m’enseignez. Je réalise et je sens dans tout mon corps ce que peut être une transmission d’un père à un fils ». Le silence se fit. De l’émotion a teinté cette phrase. Et Xavier T. de rajouter « je me demandais ce que cela faisait que d’avoir un père qui partage quelque chose d’important avec son fils, car je n’ai pas connu mon père ». Ce fut comme une bombe émotionnelle qui explosa. Tout devenait épais, solide, dense. Pendant 30 secondes, personne ne parla. Je m’abstins de toute parole, du moindre geste. Toujours dans un silence assourdissant, Mr Henri posa sa main sur l’avant-bras de Xavier T. Aucune parole ne fut échangée. Puis, avec un raclement de gorge, Mr Henri poursuivit son explication technique sur un point précis de la fabrication.

 

A partir de ce jour-là, rien ne fut comme avant. La transmission fut totale. Encore aujourd’hui, plusieurs années après cette mission, Mr Henri et Xavier T. se revoient en dehors de l’entreprise, parlent « technique », et du métier qui évolue.

 

Mon rôle en tant que coach de vie a été au début de reposer sans cesse le cadre de la mission et de ramener chacun à ce qui leur faisait sens, de créer un climat de respect et de confiance mais aussi d’accompagner Mr Henri dans sa prise de conscience que cette  transmission procurait une valeur forte à son parcours professionnel. Quant à Xavier T., il était essentiel qu’il mobilise ses dispositions apprenantes.

 

Tout l’enjeu de cette mission a été de veiller au déploiement de l’objectif commun de ce binôme, à savoir la convergence entre le plaisir de transmettre et le bonheur de recevoir.

 

Je laisse à l’histoire de savoir si l’accompagnement coaching de vie a été indispensable à la réussite de cette transmission. Mais je suis malgré tout convaincu qu’il fut une réelle plus-value.

 

Roger DAULIN

Ecol'COACH

Organisme de formation au métier de coach de vie

www.formation-ecolcoach.fr                                                                                 

 

 

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