Entre les séances…


Les séances de coaching concentrent généralement toute l’attention. Les méthodes, les outils, les ressources et les capacités déployés pour mener à bien les séances l’attestent. Ce qui se déroule pendant les temps d’accompagnement fait l’objet de toutes les analyses. Mais qu’en est-il sur ce qui survient entre les séances ? Le mouvement (1) qu’accompagne le coach de vie est-il en action seulement pendant les séances ou opère-t-il également entre celles-ci ? Ce temps situé « entre-les-séances » serait-il étranger au processus même du coaching de vie ? Pourrions-nous l’évacuer d’un revers de main en le minimisant ? Est-il par nature si différent du temps de la séance que l’un et l’autre seraient inconciliables ? A vrai dire, pour avoir coaché des femmes et des hommes en devenir, ces espaces temps que je nomme « entre-les-séances » se présentent à première vue comme transitoires, parfois considérés comme des temps de seconde zone et pourtant, ils s’avèrent fortement reliés, impliqués et quelques fois décisifs dans le processus même du coaching et dans la réalisation des objectifs de vie.


Je suis convaincu qu’il n’existe pas de séparation entre ce qui se vit pendant et entre les séances. L’expérience de l’accompagnement se prolonge continûment. Cet « entre-deux-séances » est non seulement le prolongement, un espace de décantation, mais plus encore… Concevoir ces « entre-deux-séances » comme uniquement des traits d’union, des temps hors-sol, des temps de délestage voire des temps de scissions imposés par l’échéancier de la mission elle-même, c’est méconnaître l’avancée de ce processus et des moyens qu’il use pour se perpétuer.


Se préoccuper et accorder de la considération que pour le temps passé en présentiel est réducteur. Le mouvement qui se déploie en coaching de vie ne s’assoupit pas entre les séances. Parce qu’ils sont moins visibles, plus indifférenciés du quotidien, les « entre-deux-séances » doivent-ils être envisagés comme passifs, inactifs, détachés voire si dissemblables que rien ne peut en émerger ? Coachs et coachés peuvent en témoigner : il se passe quelque chose entre les séances et pas des moindres. Dans le vécu, ils ne sont pas que des espaces de digestion et d’intégration comme nous pourrions l’évoquer rapidement. Ils occupent de fait, une place considérable dans la dynamique même du coaching de vie.


Très vite en coaching de vie, le professionnel comme le client, comprennent que les pendant et entre les séances, ne peuvent se penser, se vivre et s’accompagner que comme des prolongements mutuels. La rupture est seulement au niveau des modalités et de l’apparence. Certes, le temps dédié officiellement à la prestation de coaching de vie a une durée. Ce temps-là pourrait se concevoir comme à part. Il est certes différent, ne serait-ce que par la présence corporelle du coach de vie, par les questions renvoyées, par les silences qui s’étalent. Ceci-dit, le temps de la séance donne accès à un autre temps, celui de « l’entre-deux-séances ». Ce dernier est un prolongement, une suite de causes à effets, naturellement habité et travaillé par ce qui s’est précédemment vécu. Il y a ainsi une coopération qui s’installe. Ce n’est pas seulement l’idée que l’un prépare l’autre, mais l’un et l’autre sont des espaces –temps de production, d’élaboration, d’élimination et de création. Ne fantasmons pas et ne glorifions pas uniquement le temps de séance en présentiel ! Il n’existe pas de frontière réelle pour l’inconscient comme pour les émotions, les pensées, les ressentis entre la séance elle-même et le temps entre les séances. Ils participent, l’un et l’autre, au même processus. Quelle part de l’un pénètre l’autre et le fertilise ? Quelle part reçoit l’autre et le fructifie ?


Par ailleurs, finaliser une séance n’est pas clore le mouvement. Lorsque le coach de vie questionne la personne sur ce qu’elle a retenu de la séance par exemple, ce n’est pas dans l’idée de fermer quelque chose mais plutôt de rassembler, mobiliser, capitaliser et permettre éventuellement à ce processus de poursuivre son cheminement.


Le mouvement que le coaching de vie accompagne perdure après la séance. Ce mouvement ne disparaît pas entre les séances. Il n’est pas exclu de la démarche d’accompagnement. Il se prolonge autrement. Le temps de « l’entre-deux-séances » n’est pas seulement le réceptacle de ce qui s’est élaboré pendant la séance, il est aussi d’une certaine façon préfiguré pour concevoir et produire à son tour. De fait, l’expérience de l’accompagnement s’écoule de l’un à l’autre. Peut-être même culmine-telle dans cet « entre-deux-séances » ? De fait, une opposition entre les deux temps, pendant et entre devient contre-productive et stérile. Ces temps cadencés pendant et entre participent équitablement au processus de conscientisation et de réalisation de soi.



Le coach de vie doit prendre en considération la continuité du mouvement,

pendant et entre les séances, sans distinction entre les deux



Le coach de vie, par son éthique professionnelle, sa posture et le dispositif d’accompagnement qu’il installe, doit prendre en considération la continuité de ce mouvement. C’est pour cela que la qualité de sa présence est cruciale et que la compréhension de ce processus du pendant et du entre est vitale.


Lorsqu’un coaché rapporte par exemple ceci : « J’ai pris conscience et fait un lien depuis la dernière séance » ou bien « des transformations se sont imposées en moi entre ces deux séances », force est de constater que le mouvement fait fi de la nature du moment. Si le cadre professionnel est posé clairement, si rien ne fait obstacle, entrave ou s’oppose à l’écoulement naturel du processus de vie, celui-ci se poursuit et s’incarne indifféremment pendant, entre les séances et même après la durée de la mission de coaching.


Ce processus que j’appelle « mouvement » questionne, implique, ouvre, libère et relie les séances l’une à l’autre, l’une par l’autre. Ce processus est indifférent à la nature du moment. Il émerge là, ici et maintenant, ou plus tard, peu lui importe. Il n’est d’ailleurs pas propre au coaching de vie. Celui-ci n’en a pas l’exclusivité bien sûr ! Toutefois la spécificité même du coaching de vie facilite le déploiement en conscience de ce mouvement de vie.


Au coach de vie alors d’éviter de présenter les séances d’accompagnement comme des temps isolés. Sectoriser le temps des séances comme l’espace dans lequel exclusivement s’élaborent des ouvertures, des réponses et des solutions est erroné. Il y a continuité… Ce mouvement doit non seulement être respecté mais plus encore encouragé. Même ce qui apparaît comme le début d’un coaching de vie avec sa demande, sa plainte, son désir et son besoin n’est pas le point zéro d’un processus ! Il n’est que le prolongement d’une histoire qui s’écrit en continu. De transition en transition, l’histoire se raconte, s’invente, explore et s’incarne. Le coach de vie, en toute humilité, accompagne simplement son interlocuteur d’un point A, B, C ou D jusqu’au point d’après. Il n’y a pas de tarissement du mouvement… Il est là, toujours et toujours, qu’il soit visible, perceptible ou dissimulé.


Le coaching de vie, par le dispositif qu’il propose favorise l’émergence et l’expression de ce mouvement intérieur. Ce dispositif met en relief tout bonnement la question de l’accessibilité. Faciliter l’accès à… Par nature, le coaching de vie avantage l’accès à une plus large perception, amplifie l’accueil à ce qui est et accroît la capacité d’acceptation. Les transformations souvent silencieuses (2) ne s’élaborent pas uniquement pendant les séances. A tout moment, séance ou pas, celles-ci se donnent à voir, se laissent approcher ou plus couramment, s’exposent comme une chose accomplie.


Au coach de vie d’éviter de « séquencer et de territorialiser » le processus, de mettre en tension plus particulièrement le temps de la séance, de réduire ou de favoriser un paramètre parmi plusieurs, de désigner quelque chose en particulier ou de chercher à faire émerger de l’autre, en l’autre et par l’autre une réponse quelle qu’elle soit. Il se doit simplement de faciliter l’expression éventuelle de ce continuum et de ne pas l’embarrasser, de consignes, « de devoirs à faire à la maison, de choses à comprendre, à planifier, à réaliser pour la prochaine séance ». Laisser libre cet « entre-deux-séances » au même titre que la séance elle-même… Ne pas occuper l’espace ou le remplir… Laisser se faire ce qui peut – où pas- se vivre… Il n’y a pas à remplir l’espace « entre-les-séances » par quoi que ce soit, au nom d’un résultat à atteindre plus rapidement ou d’une appréhension vécue par le coach de vie à ne pas en faire suffisamment, ou tout simplement à combler un vide, le vide apparent et trompeur de « l’entre-deux-séances ».

Ce processus compris, le coach de vie éloigne alors le risque non seulement de parcelliser, de localiser, mais aussi de clôturer, d’opposer, de différencier. En sa présence ou pas, force est de constater que le mouvement se poursuit. Certes le coaching de vie est quelque fois « un accélérateur de particules » ! Mais laissons ce mouvement s’accomplir comme il l’entend dans un dispositif privilégié dans lequel les capacités d’attention, d’accueil inconditionnel et de non jugement s’exercent.


A ce propos, quelques réflexions émergent :

  • Considérer que le coaching de vie s’appuie sur une logique de questionnement, une dynamique d’exploration, une approche de terres inconnues plutôt qu’un aboutissement clos de réponses et de résultats.

  • Intégrer le fait que le coaching de vie favorise une activité humaine extrêmement large dont la palette des capacités, des potentialités, des interactions n’en finit jamais de se déployer, pendant et entre les séances. Au coach de vie de veiller à ne jamais clore un sujet d’exploration. Un aboutissement supposé à un moment donné d’une exploration devient tôt au tard le point de départ de nouvelles avancées. Rien ne se ferme… Tout reste possible…

  • Le coaching de vie porte en lui l’intentionnalité de rendre accessible tout espace grâce à une activité réfléchissante permanente du coaché. Celle-ci ne s’arrête pas à la fin d’une séance. Elle se poursuit irrémédiablement après la séance, dans « l’entre-deux-séances ». Inutile alors de la part du coach de vie, de charger « l’entre-deux-séances » de choses à faire. Si cette initiative surgit, elle ne doit venir que du client. Elle n’est alors ni encouragée, ni contrariée par le coach de vie. Simplement, elle est constatée comme un élément de fonctionnement voulu par le coaché.

  • Comment savoir si en proposant quelque choses à faire au coaché, le coach de vie n’est pas en train d’influencer, de déformer à l’aide d’une suggestion, d’une méthode, de créer de toute pièce un enfermement, un aboutissement orienté ?

  • Le rapport au vide, au laisser être, au laisser faire ce qui peut se faire, renvoie irrémédiablement le coach de vie sur sa façon d’être aux côtés du coaché. Qu’est-ce qu’il introduit d’interprétatif en proposant quelque chose à faire, à vivre, à questionner « entre-les-séances » ? Qu’est-ce que cela révèle et dissimule tout à la fois de sa façon d’être là où pas, d’accueillir et de recevoir le coaché tel qu’il est, dans sa manière de procéder et d’aborder le monde ?

  • Le vide et l’éther (3) ne sont pas des riens inutiles. Ils sont parties-constituantes d’un tout, souvent affublés d’insatisfactions humaines, considérés comme des temps perdus, qu’il faut rentabiliser. L’erreur est de remplir ce temps « entre-les-séances ». Évitons qu’ils deviennent des temps réductifs alors que par nature, ces « entre-les-séances » sont un espace réfléchissant, une mise en mouvement tout autant que les « pendant-les-séances ».

  • Dans la pratique, il s’agit d’éviter de reprendre la séance de coaching là où le coaché est supposé l’avoir arrêté. Ce serait faire table rase précisément de cet « entre-deux-séances » ! Plutôt l’accueillir en posant la question « Et aujourd’hui, où en êtes-vous ? » ou bien « Que s’est-il passé depuis ? ». Il est totalement inutile, voire même contre- productif, de préparer consciencieusement la séance à venir puisque le coach de vie ignore le chemin parcouru depuis par le coaché. Accueillir le coaché tel qu’il est, ici et maintenant, sans à priori, est essentiel afin de recevoir la femme ou l’homme en devenir là où il en est, dans l’instant, dans cette nouvelle rencontre.

Pour le coach de vie, il s’agit d’un travail en soi assidu et réitéré qui s’impose. Cela implique de se désinvestir de toute volonté et désir vis-à-vis du coaché, d’être en présence sans exclusion, sans répartition, sans différenciation pendant et entre. La phénoménalité du mouvement de vie, celle-là même que le coaching de vie tente d’accompagner, se déroule manifestement sans que nous nous en occupions, sans que nous nous immiscions dans son évolution. Seule une disponibilité est à laisser être, en soi, par soi, en l’autre et pour l’autre. La source originelle du coaching de vie jaillit précisément de cette disposition-là !


Roger DAULIN

Ecol'COACH

Organisme de formation au métier de coach de vie

www.formation-ecolcoach.fr


  1. Ce que j’appelle « mouvement » est ce flux incessant d’étonnements, de questionnements, d’explorations, de migrations intérieures multiples, de transitions, d’expériences transformatrices et de réalisations, inhérent à chaque individu. Ce mouvement est porteur de la singularité et de la spécificité de chacun. Il est une manifestation de vie, une somme de besoins en attente d’accomplissement, une insistance à devenir pleinement et entièrement ce que chacun est par essence. Ce mouvement est un « faiseur d’avenir ». Il est insaisissable par nature mais « accompagnable ». C’est ce mouvement que le coach de vie entend, accueille et avec lequel il fait route.

  2. Expression empruntée à François JULLIEN, auteur du livre Les transformations silencieuses Editeur Grasset

  3. Référence à la théorie des cinq éléments utilisée pour appréhender les principes du fonctionnement de la nature. (Ether, air, feu, eau et terre).

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