L’étonnant usage du non-vouloir en coaching de vie…

27/11/2019

 

Tout au long de ces années de pratique de l’accompagnement coaching de vie, j’ai constaté que plus la volonté de changer est forte et combative moins le changement réel a lieu ! Comme si le changement profond advenait en l’absence de la volonté agissante de l’obtenir.

 

Si la volonté dans le quotidien d’une vie est une ressource dite positive, il en va tout autrement lorsqu’il s’agit de laisser le changement s’engager et à plus forte raison, la transformation. Comme si l’action respective des verbes « devoir, pouvoir et vouloir » provoquait un processus réfractaire à toute modification de grande ampleur. Je relie cette observation au non-agir du taoïsme ou du bouddhisme…

 

Les intentions puissantes, comme j’ai pu le constater en maintes circonstances, sont souvent contre-productives lorsque le temps du changement arrive. Comme d’ailleurs les injonctions telles que « détendez-vous » pour se relaxer ou « lâchez prise » pour renoncer ! Elles n’ont aucun effet, bien au contraire… Voire même un surcroît de tension apparaît ou une résistance se mobilise dès lors qu’une forte exigence est formulée, par un tiers ou par la personne elle-même.

 

Si la volonté joue un rôle décisif dans une mise en mouvement initiale, un sursaut ou une décision à prendre, il semble évident qu’elle devient déplacée, voire inefficace dès lors qu’il s’agit de convertir et de transfigurer un existant. A croire que le moment est venu de renoncer à la volonté agissante pour laisser faire ce qui peut se faire… Il est régulièrement constaté que la seule volonté de changer ne suffit pas. D’ailleurs le piège du volontarisme est de croire qu’il suffit de vouloir pour pouvoir, de vouloir la transformation pour la vivre !

 

 

Un paradigme nouveau surgit : le non-vouloir, le non-agir,

le non-faire à la place de l’autre

 

 

Force est de constater que la seule volonté agissante n’est plus suffisante lorsqu’il s’agit d’évolution intérieure significative. Instrumentaliser la volonté au point de voir en elle la seule démarche pour vivre une transformation pourtant espérée, est de fait, un échec retentissant dans nombre de cas. Comme s’il fallait que la volonté et l’intention abdiquent pour que quelque chose d’essentiel se déploie. Un paradigme nouveau surgit : le non-vouloir, le non-agir, le non-faire à la place de l’autre.  De même que lorsque vient le temps de la transformation, le contrôle et la maîtrise ont renoncé à faire valoir leur emprise. D’ailleurs, le plus souvent le processus de transformation est silencieux. « ça se transforme » sans même que le principal intéressé ne s’en aperçoive. Ce n’est qu’après coup, à la lumière d’un événement que le constat s’impose : « il y a eu un changement, j’en perçois les effets sans que je comprenne précisément comment tout cela a pu prendre corps » me confie un coaché à la fin d’une séance. Vouloir produire du changement est un non-sens.

 

Solliciter sans cesse la volonté agissante, c’est se prendre au jeu d’un combat incessant pour un but à atteindre où rien n’est laissé au hasard pour l’obtenir et dérouler  une action où tout se veut sous contrôle. Cette stratégie volontariste prétend maîtriser la chaîne des causes à effets. Tout se plie, corps, émotions, pensées, à la volonté de parvenir à une fin anticipée. Ce processus convie la stabilité, le convenu, le « préparé et le maîtrisé » à être les maîtres du temps, les maîtres des horloges. Rester prévisible et contrôlable en tout temps et sur toute chose est un paradigme de la volonté poussée à son maximum. Elle est réfractaire à toute pensée de l’involontaire. C’est un régime sectaire. Elle provoque une éclipse de toute autre facette ou possibilité que celle qui est pré conditionnée. Elle génère de l’insensibilité à tout ce qui peut nuancer, adapter voire modifier la trajectoire. Elle prétend atteindre son but en vertu de sa seule puissance. Cette volonté très agissante trouve un écho par exemple dans la performance à tout prix, comme dans le perfectionnisme obsessionnel.

 

Cet activisme forcené et cette quête ardente du but atteint coûte que coûte, trouvent à s’employer dans une action volontaire qui frise la démesure. Et lorsqu’elle tente d’intervenir de façon intempestive dans la recherche d’une transformation, elle se révèle alors incompétente, déplacée voire nocive. Quel usage de la volonté est-il possible de développer face au changement et au besoin impérieux d’évoluer et de se laisser transformer ? Ou plutôt, dois-je écrire « quel usage des volontés » ? Entre la volonté agissante pourvoyeuse d’efforts, d’intentions, de désirs obsédants d’atteindre le but fixé et celui-ci seulement, et une volonté non-agissante, certes en mouvement mais qui ne propulse pas le sujet de façon arbitraire sur une fin ciblée, l’usage des volontés présentes en chacun de nous, poussent à plus d’éclaircissements sur la place et le rôle de chacune.

 

En règle générale, la « volonté courante » ne nuit pas. Elle innerve le champ des actions et s’acquitte des tâches quotidiennes qui incombent à chacun de nous. Il y a aussi la « volonté tendue », celle qui se mobilise lorsque des obstacles se dressent devant soi. Elle mobilise le corps, le place en motion, et en fonction de la pression des événements, elle tente de s’imposer, alimentant ténacité et opiniâtreté. Se manifeste aussi une « volonté d’accomplissement ». Elle décide d’une disposition à vivre, d’une posture à acquérir, d’une orientation à prendre. Elle nourrit une dynamique naturelle de choix à réaliser en lien avec la conscience de ce qui est juste.

 

 

La « volonté non-agissante » stimule le désir d’être

 

 

Émerge ensuite la « volonté non-agissante », celle qui précisément, une fois le mouvement volontaire et agissant initié, se retire progressivement, sans qu’il y ait désertion, abdication ou négation de sa part. C’est un mouvement graduel, qui par strates subtiles s’éloigne du prévisible et du maîtrisable. Si la « volonté d’accomplissement » pousse le sujet à se rapprocher de ses valeurs, de ses besoins fondamentaux et de l’inciter à se questionner, voire à se renouveler, la « volonté non-agissante » stimule le désir d’être dans un usage épanouissant de soi, c’est-à-dire de laisser être le ressort naturel à être. Nous en venons alors à l’usage d’un non-vouloir…

 

La logique de la volonté toute puissante est peu compatible, c’est le moins que l’on puisse dire, avec ce mouvement assez mystérieux qu’est le changement. Pour l’action volontariste, rien ne peut l’éloigner de son but. L’invariant prime. Les croyances que tout peut se conserver à l’identique du présent au futur, que ce qui est prévu et sous contrôle se conservera à l’avenir, que pas un seul petit caillou ne viendra et ne devra enrayer la machine, tout cela conditionne une démarche volontariste dans laquelle les ingrédients du changement ont peu de chance de se frayer un passage.

 

La « volonté non-agissante » cherche à créer le contexte pour que « cela œuvre », à laisser éclore une disposition à quelque chose sans que ce quelque chose soit un but. Sans que le changement soit le but. En fait, j’ai constaté à maintes reprises que « ça s’est transformé » une fois oublié l’impératif de transformer ! L’intention puissante et permanente de changer devient, à un moment donné, un obstacle au changement. Celui-ci est récalcitrant voire rebelle aux attitudes et aux comportements volontaristes. Peut-être parce que le changement n’est pas le résultat direct d’un effort intensif obsessionnel et encore moins la rétribution du mérite d’avoir bataillé et combattu jusqu’au bout afin de l’obtenir. Faut-il du muscle pour se mettre en mouvement, pour bouger ? Oui ! Pour se laisser transformer ? Non ! C’est moins l’énergie consacrée à ce que le changement ait lieu que la façon dont elle est dirigée.

 

Le changement se vit, mine de rien, comme s’il était chose naturelle, une évidence du moment où il se donne à voir. Il m’a été offert d’être témoin de la manifestation d’un changement chez des personnes coachées, et ce presque par hasard, comme quelque chose d’indéniable, de notoire et en même temps de si constitutif à une démarche d’accueil et d’hospitalité à ce qui était là, en mouvement… D’ailleurs, une certaine pudeur entoure la manifestation du changement. Celui-ci est vécu comme quelque chose à la fois de précieux, de sensible, de fragile et de si authentique. D’ailleurs, surgit souvent de l’incrédulité chez la personne coachée à cet instant. Comme si ce « cadeau » de la vie n’était pas pour elle, en elle… Elle ne parvient souvent pas à y croire. Presque comme si le changement constaté était une indiscrétion, voire une illusion, et qu’il allait disparaître aussi vite qu’il est venu.

 

Le changement ne se laisse pas dicter son processus, encore moins son avènement. D’ailleurs, il surgit souvent dans un instant  particulier dans lequel  les forces, les volontés et les attendus sont en repos. Le changement s’élabore de façon aussi mystérieuse que silencieuse. Il suggère un environnement où le non-agir, la non-intention, le non-maîtrisé, priment. L’abandon de la volonté active et directe suppose un renversement de son énergie : elle passe alors du yang au yin. C’est un usage différent du vouloir. Le changement est seulement une conséquence  et il se vit lorsqu’il nous gagne, lorsque nous le laissons-nous gagner grâce à la mise en place d’une posture réceptive et disponible.

 

Nous devons en convenir, prévoir et produire directement LE changement est une méconnaissance des mécanismes humains en jeu. L’anticiper est une illusion. Il surgit en fait comme bon lui semble, ou plutôt comme juste lui semble.

 

L’usage du non-vouloir rejoint naturellement celui du non-agir : non-vouloir pour l’autre, non-agir à la place de l’autre. L’accompagnement par le coaching de vie trouve dans cette approche philosophique et comportementaliste un appui incontestable à sa propre démarche. En suspendant l’intention de vouloir le bien-être de l’autre, le coach de vie cesse de l’imposer directement, et par là, il met un frein à une emprise, voire à une velléité de toute puissance. N’oublions pas également que vouloir faire du bien à l’autre est une condition flatteuse pour le coach. C’est subordonner son action à un bénéfice pour lui en oubliant, pour le moins, le besoin premier du client qui est généralement d’un autre ordre. Le mouvement humaniste, celui qui conduit chaque coach de vie à être précisément un accompagnant de proximité, rappelle que l’énergie volontariste de départ se doit de « se renverser » et ainsi de se déployer à être là, sans intention, sans attente particulière, sans volonté absolue de vouloir changer qui que ce soit et quoi que ce soit. La responsabilité, la maturité et le niveau de conscience du coach de vie sont attendus précisément à cet instant-là.

 

 

Le vouloir et le non-vouloir sont deux articulations

de la même dynamique

 

 

Comment résumer l’influence du vouloir et du non-vouloir, de l’agir et du non-agir dans le dispositif relationnel que propose le coaching de vie ? En premier lieu, il convient de poser l’évidence : le vouloir et le non-vouloir sont deux articulations d’une même dynamique. L’une dans sa version agissante, l’autre dans une version renonçante et hospitalière. Par exemple, le rôle de la version agissante est de poser et de proposer le cadre référentiel inhérent à la prestation coaching de vie, de décider du choix de la posture, en l’occurrence celle de l’accompagnement. Puis, progressivement, la volonté change d’orientation et de nature. L’intentionnalité qui l’animait jusqu’alors s’étiole. Elle passe de l’agissant au non-agissant. La volonté n’abdique pas : elle investit une autre logique, un autre savoir-faire et savoir-être, se désengage du volontarisme pour se laisser gagner par plus de perméabilité, de réceptivité, de sensibilité et d’ouverture. Elle devient alors une alliée judicieuse à la prise de recul et de hauteur. Elle propose un autre usage d’elle-même. Elle accueille, reçoit, questionne et conscientise. Elle ne procède plus mécaniquement à l’obtention d’un résultat ciblé et recherché. Dans cette phase plus réceptive, l’inattendu se révèle plus aisément. Le non-planifié instruit alors un contexte favorable à du mouvement plus naturel, plus authentique, prêt à se modifier, et à se transformer si besoin est.

 

Une réactualisation silencieuse des conditionnements, des habitudes, des réflexes psychologiques, sensoriels et comportementaux, s’engage. La possibilité d’un changement par définition imprévisible est plus que jamais… probable ! Le non-vouloir laisse advenir les transformations, sans prétendre en être la seule cause.

 

Laisser être ce qui est là, c’est être dans un usage vivant d’une des facettes de la volonté, celle du non-agir. Par nature, elle ne va pas au-devant des choses, n’attend rien de particulier, se déploie sans chercher à calculer un résultat, ne se laisse ni entraîner, ni entraver et n’emmagasine rien. Ce non-agir s’ouvre sur un jeûne de l’intention et du vouloir. Un précepte fort pour tout coach de vie dans l’exercice de sa pratique !

 

Roger DAULIN

Ecol'COACH

Organisme de formation au métier de coach de vie

www.formation-ecolcoach.fr                                                                                 

 

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