Dans la rubrique « Matière à penser », je propose le cadre !


Le thème du cadre en coaching de vie a déjà fait l’objet de nombreuses publications (1). Je vous invite aujourd’hui à pousser plus loin la réflexion avec le dessein, de préciser et d’épurer encore et encore le sujet. Il est question dans cet article de préciser le sens lorsque nous évoquons dans un premier temps de « poser un cadre », pour ensuite « le proposer » à son interlocuteur.


Situons l’ascendance sémantique de chacun des verbes. L’écart de sens entre ces deux verbes induit une orientation et une portée relationnelle, différentes. L’étymologie va clarifier et donner du sens à l’utilisation de l’un et de l’autre, et pour tout dire, à des moments distincts de l’accompagnement.


Inlassablement, en requérant la présence d’un cadre, le coaching de vie s’oblige à questionner une nouvelle fois la nature de celui-ci, son caractère souvent perçu comme contraignant ou sécurisant, coercitif ou libérateur, c’est selon… Ré-approfondissons le sujet, si vous le voulez bien et commençons par la sémantique.


Que dit-elle lorsque nous parlons de « poser un cadre » ? Le verbe « poser » est issu du latin populaire pausare (2), qui veut dire arrêter, cesser et en latin chrétien reposer en paix. Il y a la notion de déposer quelque chose et de mettre en place. Poser évoque de mettre bas une chose que l’on porte sur soi, en soi. Poser le cadre exige donc de la part du coach de vie, en premier lieu de l’élaborer, de le structurer pour ensuite l’assimiler et l’intégrer en soi. C’est une démarche d’introspection, de compréhension, d’inclusion et de discernement. Il le fait sien. Le coach de vie est ainsi confronté à lui-même dans ce processus. Allons plus loin et précisons que poser un cadre c’est aussi incorporer l’intentionnalité du coaching de vie, son dispositif spécifique et la qualité de la posture nécessaire.


Quant au verbe « proposer », issu du latin proponere (2), il signifie présenter, placer devant les yeux, soumettre un projet en invitant à y prendre part. Proposer suppose un mouvement d’approbation de la part du coaché. Proposer induit l’acte d’offrir. Offrir un cadre pour que le coaché en dispose…


Par l’idée qu’il puisse offrir des repères et une perspective confiante, le cadre participe à l’émancipation de la personne accompagnée. Le cadre, inhérent à la relation d’accompagnement par le coaching de vie, se propose à la fois comme une protection offerte et un encouragement à la liberté d’être.


Pour le coach de vie, il contribue sous cette forme, à étayer et à soutenir sa confiance, sa foi en l’autre et aux propres ressources de celui-ci.


Proposer un cadre pour que l’accompagné puisse en disposer, c’est lui laisser l’entière possibilité de se l’approprier. S’il s’empare du cadre, il fait sien à son tour de ce qu’il contient à savoir, des repères, un appel à la responsabilité, une altérité respective et une « générosité offerte inconditionnellement ».


Le cadre octroie de la stabilité. Il rassure. Il délimite l’étendue et la nature de la pratique ainsi que sa spécificité. L’essence même du cadre est de coopérer au déploiement des possibles. Non seulement il prend une part majeure dans le processus d’accompagnement mais aussi il participe au juste déroulement de la mission, ce sur quoi elle est appelée et seulement sur cela. Il recentre le professionnel sur sa pratique et en quoi le client sollicite ses compétences. Le cadre évite la toute-puissance, jamais très loin dès lors qu’une relation met en face à face un client en demande et un professionnel sensé savoir et détenteur d’une possible solution.


Le cadre canalise et concentre les moyens nécessaires aux mouvements de l’accompagné et à la posture de l’accompagnant. En accordant un contenant à la démarche, en définissant le périmètre de celle-ci, en cernant la nature de l’intentionnalité de la prestation en coaching de vie, le cadre oriente le mouvement général vers du questionnement et enclenche l’énergie exploratrice. Il interpelle le coach de vie sur la nécessité de préciser sa posture, de l’ancrer et de l’incarner. Sans oublier que le cadre est porteur de valeurs, de dignité et de grandeur d’âme. Il assemble et articule dans un ensemble ce dont il est composé. Un cadre a pour vocation d’être référentiel. Il est la source, la base, le repère, c’est-à-dire un tout qui implique des prescriptions de conduite, une éthique, une déontologie. Les différents paramètres, règles et précautions d’usage régissent la manière d’accompagner et d’être accompagné. Il s’agit de consignes et d’instructions entendues, lues, acceptées et respectées par les intervenants. A chacun de s’en saisir, d’en rechercher la cohérence et le sens.


Evidemment, le cadre n’est pas et de loin, seulement un règlement intérieur. Il porte une dimension humaine, attentive au libre-arbitre de chacun. Il s’honore d’avoir des égards et de contribuer par essence à l’humanisation de la relation.


Proposer un cadre référentiel, c’est se mettre en situation d’entendre, de laisser faire ce qui peut se faire, de laisser être ce qui peut advenir dans un exercice professionnel qui inscrit chaque sujet dans sa Grande Histoire, celle de son accomplissement. C’est aussi une façon d’instaurer de la sécurité, un rapport à l’autre codifié, autrement dit, par des règles librement consenties, éviter des interventions « hors-sol », non référées, intrusives et maltraitantes.


Le cadre conditionne la posture du professionnel, positionne les places de chacun, souligne l’évidente interaction entre les protagonistes, protège l’accompagné de l’omnipotence éventuelle de l’accompagnant et nourrit le lien social. Le cadre référentiel est un lieu de réassurance.


Mais il est vrai que le mot cadre engendre parfois de la défiance chez certains. Il est injustement associé à une application rigoriste de lois et de règles. Il est perçu alors comme enfermant et assujettissant la liberté personnelle. Cette image négative est répandue. Cependant, comment ne pas entrevoir la liberté sans une relation régulée vis-à-vis de son prochain, a fortiori une personne coachée. La liberté se mesure au respect de l’autre dans l’expression de ses désirs, de ses propos, de ses agissements. Plus encore, la liberté est le résultat de paroles et de comportements qui permettent au sujet d’être pleinement lui-même, en conscience, responsable, créatif et en interaction avec son prochain. Il est question d’une liberté relative s’inscrivant dans le lien à l’autre, dans un cadre souple, contenant, amenant chacun à des paroles qui libèrent sans entraver qui que ce soit.


Humaniser les relations, c’est offrir à celles-ci la ressource d’ajuster voire de réinventer le lien dans une liberté mutuelle, consentie, accueillie et acceptée.


Le cadre porte une intentionnalité émancipatrice et libératrice. Il apprivoise et civilise les parts d’ombre de chacun. Il se pose comme un ardent défenseur du libre-arbitre. Par sa présence agissante, il préserve chaque protagoniste de devenir l’instrument d’idéologies intrusives et d’ingérences de toutes sortes.


Un cadre mutuellement consenti est un milieu ouvert, prêt à éprouver la rencontre en se laissant surprendre par ce qui advient. Et là où le sujet s’exprime librement, communique avec respect et s’accomplit, le cadre est à la manœuvre.


Et concrètement, comment nourrir ce cadre référentiel ? Notons qu’il est avant tout un support destiné à recevoir, tout au long de la pratique professionnelle, de nombreuses données, questions et réponses, sans cesse en évolution.


Son format ? Tout simplement un cahier ou un ordinateur ! Comment l’organiser ? Il peut, par exemple, être disposé chronologiquement ou bien simplement par chapitres distincts : Le vécu pendant les séances, les questionnements divers, le travail en supervision.


Je vous propose un échantillon de questions, histoire de lancer le sujet ! Laissez la ou les réponses venir. D’autres questions vous appartenant surgiront. Laissez-vous guider par les situations, les vécus, les ressentis… Mais une règle d’or : ne jamais esquiver un questionnement, aussi dérangeant qu’il soit !

  • Suis-je capable de donner une définition claire (une ou plusieurs selon les interlocuteurs et les situations) de mon métier coach de vie ?

  • De façon fluide, comment puis-je expliquer ce qu’est le coaching de vie et son déroulement dans la pratique ?

  • Où se situe ma zone de compétence ?

  • Qu’est-ce qui n’est pas de ma zone de compétence ?

  • Quelles sont les limites de mes prestations ?

  • Comment je communique mon offre de service ?

  • Quel message je transmets ?

  • Ai-je suffisamment échangé avec mes proches sur cette nouvelle activité ?

  • Qu’est-ce que je mets en place pour un accueil de qualité ?

  • Comment j’organise l’accueil téléphonique ? L’accueil sur place ? Qu’est-ce que je réserve comme informations pendant le contact téléphonique et en face-à-face ?

  • Comment j’informe le client sur la nature de la prestation, sur la démarche inhérente à la prestation ?

  • Qu’est-ce que je dis ? Qu’est-ce que je ne dis pas ?

  • Est-ce que j’en fais trop ou pas assez ? Est-ce fluide ou laborieux, clair ou anxiogène ? Suis-je explicite dans mes informations et mes explications ?

  • Quel(s) protocole(s) au-je mis en place pour débuter la séance, pour la conclure ?

  • Ai-je un contrat d’accompagnement à présenter ? Si oui, quel est son contenu ?

  • De quelle façon je prends soin de moi ? De quelle façon je me respecte ?

  • Quelle différence je fais entre une relation d’aide, de conseil ou d’accompagnement ?

  • Qu’est-ce que je remarque dans mes propos, dans mes comportements, dans mes silences, dans mes déplacements dans la pièce qui seraient à modifier ?

  • Dans les séances, suis-je présent(e)? Suis-je là, dans mon corps, dans ma respiration ? Suis-je bien posé au sol et dans mon bassin ? Qu’est-ce qui me déstabilise le plus souvent ?

  • Ai-je des attentes, des intentions, des souhaits pour le client ? Pourquoi ? lesquels ?

  • Pendant les supervisions, quels sont les sujets qui reviennent le plus souvent ? Sur quoi dois-je être attentif ?

  • Quels sont les transferts que je réalise le plus souvent ? Qu’est-ce qu’ils disent de mon histoire ?

  • Etc….

Le cadre référentiel est un dispositif précieux favorisant un travail de repérage, de mise en perspective, une analyse personnelle, un type de lecture vis-à-vis d’une situation vécue. Ce dispositif est garant, vis-à-vis du coaché, de la mise en place d’un champ d’exploration, d’évolution et de changement, basé sur le respect, la préservation du libre-arbitre, de la coopération, de la responsabilité et de l’éthique.


La mise en place d’un cadre référentiel est nécessaire pour qu’un accompagnement puisse réellement et pleinement s’exprimer. Il ne s’agit pas d’une élaboration intellectuelle narcissique ou d’une approche symbolique des choses !


Le cadre est vital lorsque l’accompagné fait l’expérience d’un vécu émotionnel, psychique ou organique, parfois troublant voire douloureux. Il doit pouvoir bénéficier d’un espace sur lequel il peut s’adosser et prendre appui. Et il en est de même pour le coach de vie !


Le cadre référentiel devient alors un espace sécurisant parce que contenant. Il devient un lieu de parole, d’expression organique, d’accueil inconditionnel sans que le coach de vie absorbe ou réagisse avec ses propres affects.


En conclusion, l’acte de « poser un cadre » appartient au coach de vie. Il doit être conscient de l’impérieuse nécessité à la fois, de sa présence, de son élaboration permanente, de son questionnement et de son expérimentation. Cette étape est, comme vous l’avez compris, incontournable pour tout professionnel coach de vie. Lorsque ce processus est au travail, régulièrement supervisé, il est en mesure alors de le « proposer » au futur coaché. Celui-ci en dispose alors…


Roger DAULIN

Ecol'COACH

Organisme de formation au métier de coach de vie

www.formation-ecolcoach.fr

  1. Voir les différents articles sur le thème du cadre en coaching de vie. www.formation-ecolcoach.fr Rubrique Publication

  2. Le Robert – dictionnaire historique

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