ALLER MIEUX POUR ALLER BIEN, ou l’incessante circonvolution du mieux-être au bien-être (1)…

02/05/2020

 

 

L’usage courant des termes « mieux-être » et « bien-être » nécessite un temps de réflexion. Ont-ils la même portée ? Véhiculent-ils la même signification ? Certes, ils partagent le mot « être » mais il faut reconnaître un écart de sens entre les deux appellations. Qu’en est-il de cette différence ?

 

Situons le mot « être » comme le point zéro de ce questionnement. « L’Être » en philosophie relève d’un concept qui désigne tout ce qui existe chez l’humain. Il contient ce qui est conscient et inconscient, rassemble ce qui est connu et pas connu, réunit dans un même ensemble, capacités, ressources et potentialités. L’Être contient aussi en son sein ce qui est inaccompli, inachevé, « ce qui va moins bien », ce qui nécessite de mieux aller.

 

L’Être exprime la notion de globalité, d’entièreté. L’Être c’est l’existence. Être, c’est exister : je suis, j’existe. Être, c’est exister par soi-même, pour soi-même, en interaction constant avec son environnement.

 

Revenons à la clarification entre « mieux-être » et « bien-être ». Le mieux-être est une invitation à aller mieux. C’est supposer à un moment donné, l’existence d’un mal-être et de s’engager dans la quête d’un équilibre, d’une harmonie intérieure. Mais en partant d’un supposé mal-être, la transition passe par un  aller mieux avant  de bien aller. Le mieux-être est ainsi un processus, un passage, un mouvement vers… Il engage une amélioration de la condition physique, psychique et émotionnelle.

 

Le mieux-être, c’est aller mieux et il ouvre une accessibilité à être bien. Ce mouvement pousse le sujet à atteindre un aller bien, ce qui suppose une succession d’étapes, une progression, une amélioration. Vouloir aller mieux en appelle parfois à une aide extérieure, nécessite des efforts renouvelés et quelque fois engage un combat.

 

Aller mieux exige de la détermination, de la volonté afin de se rendre dans un espace plus apaisé, plus juste, plus épanoui. Et puis aller mieux dépend parfois d’une aide extérieure, médicalisée par exemple. Aller mieux pour aller bien… C’est, s’éloigner d’un facteur risque, chercher à compenser un manque et répondre à une insatisfaction latente à exister pleinement.

 

Qu’en est-il du Bien-Être ? Sa définition pourrait être celle-ci : Le bien-être, à la différence du mieux-être, est un état intérieur. Il implique la satisfaction des besoins relationnels fondamentaux de la personne à savoir : être entendu, reconnu, respecté et impliqué dans ce qui fait sens pour elle.

 

A noter que le dispositif référentiel sur lequel s’appuie le coaching de vie offre précisément à la personne coachée, toute latitude pour questionner et combler ses besoins profonds. Le besoin d’être entendu et reconnu ? Le coach de vie accueille avec considération la personne accompagnée telle qu’elle est, là où elle en est et là où ses aspirations légitimes l’orientent. Besoin d’un cadre solide, sécurisant et respectueux ? Le coach de vie travaille à une posture de non-jugement, de non-intention et propose une pratique qui relève d’un code de déontologie et d’une éthique rigoureuse. Besoin de sens ? La démarche humaniste du (de la) professionnel(le) accompagne la personne coachée à se retrouver, à se rencontrer, à entendre ses aspirations profondes, celles qui font sens, et à les réaliser.

 

Être bien, c’est être là, ici et présent à soi. Être bien, c’est maintenant. Il ne s’agit pas d’un hypothétique futur. Le bien-être se vit dans l’instant. Il n’est plus question d’aller vers ou de chercher quelque chose pour combler, puisque être bien, c’est se sentir entier. C’est une expérience d’accomplissement et de réalisation de soi.

 

Le bien-être n’est pas l’affaire d’une performance. Le bien-être advient grâce à la synchronicité de facteurs présents comme la justesse d’une posture, la pleine expression de l’Être, vivre ce qui fait sens au plus profond de soi… C’est une part d’humanité qui se vit, une expérience existentielle pleine et entière.

 

Le bien-être est la réponse inopinée et imprévue à un itinéraire de présence et à un rapport à soi. Le bien-être n’est jamais le fruit d’une obstination. C’est celui du renoncement à aller le chercher à l’extérieur, à l’instrumentaliser, à le médicaliser. Il ne suffit pas de  vouloir le bien-être pour l’obtenir car cela sous-entendrait qu’il existe une histoire de performance  dans cette démarche.

Le bien-être, c’est avant tout l’histoire d’être entier, accepté par soi-même, existant pour soi et ouvert sur le monde.

Si le mieux-être est marqué par la transition et le bien-être pointé comme un état, il y a aussi à envisager l’un et l’autre comme complémentaires. En effet, il ne s’agit pas de les isoler et encore moins de les opposer.

La présence de l’Être comme entité dynamique fédératrice, épargne le mieux comme le bien-être d’un clivage. L’Être ramène l’un et l’autre à participer à un même mouvement, précisant ainsi leur corrélation, mobilité et interaction. Ils entrent ainsi en compromis, en compatibilité, en cohabitation et en coopération. L’Être en se reliant au mieux (mieux-être) comme au bien (bien-être) réduit l’antagonisme qui pourrait les diviser. Certes, écart il y a, mais au sein de l’entité globalisante qu’est l’Être. Ainsi, l’Être nous invite à concevoir le mieux-être et le bien-être comme des graduations, des marqueurs mobiles, incarnant dans l’instant, sa nature provisoire. L’Être, entité dilatoire, joue, explore et anime de l’intérieur ce mouvement.

 

Le mieux-être comme le bien-être sont des temps colorés par ce qui est vécu dans l’instant. Ils sont, l’un comme l’autre, des « alternatives indicatrices » de ce qui est traversé, perçu et éprouvé. L’un et l’autre sont à l’œuvre. L’un dans l’autre sont en œuvre. Le mieux-être comme le bien-être sont impliqués dans l’actualisation de l’Être. Ils se prolongent l’un et l’autre, s’entendent et se coordonnent. Le mieux-être et le bien-être se pensent comme prolongement mutuel, sans que l’un ne devienne le but de l’autre. Ils participent au même sentiment d’exister.

 

Le mieux-être comme le bien-être participe à un même mouvement : celui de la réalisation de soi. Ils concourent à une expérience existentielle dont nous sommes les sujets. A chacune et à chacun de se mettre à l’écoute de son intériorité, de s’accueillir et se recevoir dans sa spécificité.

 

Roger DAULIN

Ecol'COACH

Organisme de formation au métier de coach de vie

www.formation-ecolcoach.fr                                                                         

 

  1. Suite à un débat « Questions / Réponses » organisé par la Fédération Coaching de Vie le 25 mars 2020 sur le thème du « mieux-être et bien-être » j’ai eu besoin de poser par écrit quelques réflexions sur ce sujet. www.federationcoachingdevie.org

 

 

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