Le silence est aussi une parole qui cherche à se faire entendre…

09/05/2020

 

Questionner et relancer mais aussi se taire et faire silence sont des sujets récurrents et d’importance, interrogeant le (la) coach de vie apprenant(e) comme le (la) professionnel(le) confirmé(e). Comment placer la parole sans interrompre une réflexion, sans court-circuiter un cheminement ? Mais aussi quand « faire silence » et laisser la personne coachée progresser secrètement en elle ?

 

Tant et si bien que cette alternance, parole et silence, génère une certaine appréhension, voire de l’inquiétude. « J’ai peur des silences ! » s’exclame un jour en formation, une stagiaire. « Je m’empresse de remplir les temps de silence par de nouvelles questions » rapporte un coach de vie nouvellement en exercice lors d’une supervision.

 

Ce « silence-vivant », ce temps où le coach de vie se tait délibérément est soit ignoré, soit mis à distance par crainte. De fait, quelle attention porter au silence ? Quelle part lui réserver dans une pratique d’accompagnement ? Le silence est-il un support, un outil comme un autre dans l’exercice du coaching de vie ?

 

Certes, le coach de vie est un être parlant ! Cependant, comment et quand pose-t-il sa parole ? Quel équilibre doit-il instaurer dans son accompagnement entre le silence et la parole ? Quelle est la part du non-dit et du silence dans le mouvement de la parole du coach de vie et dans la résolution des insatisfactions et des situations amenées par le (la) client(e) ?

 

Je témoigne qu’au fur et à mesure des accompagnements coaching et de l’expérience de ces dernières années, la place et le rôle du silence ont un impact significatif. Le coach de vie devient-il pour autant un ascète silencieux ?

 

Le silence auquel le coach de vie se réfère n’est pas du mutisme

 

Le silence auquel le coach de vie se réfère n’est pas du mutisme. Le silence est à considérer comme une réponse comme une autre aux questions, aux avancées ou formulations exprimées par le (la) client(e). Le silence est une autre façon de parler. Une parole-silence en quelque sorte… Le silence, de fait, permet de ne rien préciser ou désigner en retour. Il laisse dans l’expectative, dans le champ des possibles, ce qui vient d’être dit, le temps d’une prise de conscience ou d’un nouvel élan explorateur. Il conduit la personne coachée à prolonger son investigation ou / et à laisser résonner la parole énoncée. Le silence ne s’oppose à rien. Il donne accès à une dimension que les raisonnements n’occupent pas encore. Le coach de vie propose ainsi un silence qui relie… Ce dernier n’exclut pas la parole, il la prépare. Ce « silence-vivant » bienveillant et soutenant est le fruit d’un renoncement à dire, à analyser, à comparer, à juger. Cette cessation du dire contribue à cette extinction de la soif de parler pour parler, de parler pour dire à tout prix quelque chose, de parler pour combler.

 

Le coach de vie, même lorsqu’il questionne, « fait silence ». En s’abstenant de dire pour expliquer, de conseiller ou de préciser un point de vue, il s’accorde un jeûne verbal, une abstinence de « la chose parlée ». Il s’agit de comprendre que ce silence proposé comme support dans la pratique coaching n’est pas un rejet de la parole. Ce tempo silence/parole rythme la pratique. Silence et parole alternent et s’ajustent, au plus près du mouvement du (de la) client(e) sans l’encombrer d’interventions inappropriées et sans que celui-ci (celle-ci) subisse la frustration d’une parole coupée, d’une réflexion interrompue.

 

J. LACAN a écrit : « La parole inclut toujours subjectivement sa réponse» (1). Aussi, il est important que le coach de vie dans sa pratique, devienne économe de sa parole. Il s’évite ainsi d’apporter sa propre vision des choses avec ses commentaires même fugaces. La parole du coach de vie est invitée à se caractériser par une modération de son expression.

 

Le silence, en son creux, accueille

 

Le silence, en son creux, accueille. Il n’est pas qu’un fond sans parole et vide de sens. Il offre une résonance à l’implicite. Comprenons bien que le silence ne fait pas silence pour lui-même. Il ne masque pas les mots. Bien au contraire, il prépare leur surgissement. D’ailleurs, ceux-ci se déplacent dans cet espace silencieux avant d’oser affronter l’extérieur, de signifier une chose. Silence et parole coopèrent. Ils ont l’un et l’autre de la consistance. L’un engendre l’autre, l’un contient l’autre, l’un est le prolongement de l’autre et réciproquement.

 

Silence et parole ne cessent de s’écouler et d’animer la relation à soi et à l’autre. Ils s’interactivent, entrent en corrélation et se polarisent. Ils sont l’un et l’autre en œuvre, en tension, en potentiel. Dans leur interdépendance, ils sont porteurs de ressources et de renouvellements.

 

Le coach de vie met sa parole et son silence à disposition de la personne coachée. C’est une conception stratégique de « la chose parlée ou non dite » au cœur de la relation d’accompagnement. La parole comme le silence sont portés à basculer à tout moment, à se déployer et nous ne pouvons pas nous passer de l’un comme de l’autre dans l’accompagnement coaching de vie. Parlons ou taisons-nous mais faisons-le avec disponibilité et sans intention ! Retirons de nos paroles et de nos silences tout facteur qui focalise et induit.

 

La parole et le silence du coach de vie, dans l’exercice de son accompagnement, s’offrent comme des opportunités sans cesse renouvelées mises à la disposition de la personne coachée. Le (la) coach de vie ne peut faire l’impasse des interrogations suivantes : « Est-ce que mes paroles comme mes silences donnent accès ou induisent quelque chose ? Offrent-ils de l’amplitude ou du rétrécissement ? Accueillent-ils ou réduisent-ils ? Deviennent-ils des points de vue ou ouvrent-ils le champ des possibles ? Comment parler en se taisant ? Comment faire silence sans inférer sur les attentes de la personne coachée ?».

 

En résumé, le rapport à la parole et au silence appelle à un retour sur soi, en soi et à un investissement intérieur. La parole ne peut se séparer radicalement du silence et réciproquement. Ils supposent l’un comme l’autre un investissement conscient de la part du coach de vie. La parole et le silence se complètent et coopèrent en mutualisant leurs ressources.

 

Cette relation miroir entre parole et silence est à construire et à reconstruire à chaque séance. Elle est la cheville ouvrière d’un processus réfléchissant renvoyant la personne coachée à elle-même, à ses propres réponses, à son libre-arbitre.

 

Quant au coach de vie, cette conjugaison de la parole et du silence l’invite à rechercher une assise intérieure et à déployer un accompagnement qui perçoit, reçoit et renvoie sans intention, avec bienveillance et compassion.

 

Roger DAULIN

Ecol'COACH

Organisme de formation au métier de coach de vie

www.formation-ecolcoach.fr

                                                                

 

1. J. LACAN  Les écrits 1966  Ed du Seuil

 

 

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