Il y a belle lurette que je n’ai plus de solutions… pour les clients !



Jamais je n’aurai pu imaginer accompagner le client là où lui-même s’est rendu ! Là où ses questionnements et ses agissements émotionnels, psychiques et comportementaux l’ont conduit. En début de séance, rien ne présageait cet itinéraire. A croire qu’un cheminement souterrain avait déjà ouvert une voie. Sans nul doute, cela avait été préparé, initié, questionné en amont, en secret, et personne n’en savait rien. Le client, à croire son regard à la fois étonné et émerveillé, son corps tremblant, ses mains moites et son dos traversé par des élans mélangés de froidure et de chaleur, subissait la portée de ses propres mots, la puissance de ce qui s’est révélé à lui. Et moi, coach de vie, ému autant qu’éberlué d’être le témoin autorisé d’un tel dévoilement.


Encore une fois, je constate, bras ballants, tête vide mais corps ancré, centré et habité par l’évidence, que je ne suis pas porteur d’une solution pour ce client. Je n’ai pas en moi ce qui manque à l’autre et pourtant c’est auprès de moi qu’il vient le chercher ! Là, une nouvelle fois, je fais le constat que jamais un savoir pour l’autre aurait pu le mener là où il est arrivé par lui-même. Etrange ballet entre un client demandeur d’une réponse, d’une solution à une situation auprès d’un coach de vie qui lui-même est en état d’impossibilité de lui « donner » ce qu’il imagine, sinon un cadre relationnel sécurisant, une présence bienveillante et un accueil inconditionnel à tout ce qui est là.


Ce qui émerge chez le client est de sa propre création. Le coach de vie ne peut rien revendiquer de ce que le client trouve en lui et obtient. Cela lui appartient. Entre nous, en tant que coach de vie, il y a belle lurette que je ne cherche plus, pendant la séance, la question pertinente à poser ou l’outil idéal à proposer dans l’instant. En revanche, je m’évertue à être là, ici et maintenant, dans un ajustement toujours fragile, à tout ce qui s’exprime y compris le silence. Je suis également attentif à ce qui pourrait me transporter ailleurs, me désorienter de ma position d’accompagnant et me transférer dans un espace autre, étranger à ce qui se déroule dans l’instant. Je renouvelle ainsi mon attention aussi souvent que possible, je vérifie ma verticalité, je me réfère à mon cadre professionnel et aux fondamentaux de l’accompagnement coaching de vie. Je m’appuie à chaque instant sur le postulat que « le client a en lui les réponses à ses questions ». Ce n’est qu’une affaire de temps, de profondeur atteinte, de sécurité ontologique.


En tant que coach de vie, je suis témoin d’un épisode de vie qui se déroule à côté de moi, dans une proximité impliquante. Sans nul doute je fais partie du scénario mais en tant que figurant. Certes, il me plait de dire que le figurant que je suis, prête âme, corps et esprit à ce qui se joue dans le côte à côte avec le client mais sans avoir la moindre idée de sa prochaine réplique, en ignorant de façon vertigineuse la suite immédiate, en envoyant quelque fois une question au pied levé à l’occasion d’un silence prolongé, ou d’une modification de son timbre de voix ou bien encore d’une gestuelle nouvelle de sa part. Ainsi, d’un côté la personne coachée, la mouvance de la situation, l’intranquillité liée à l’impermanence, l’émergence soudaine et quelque fois brutale de la conscience, et de l’autre côté le coach de vie, tentent de s’articuler tant bien que mal, de s’expérimenter dans ce creuset innovant qu’est la séance d’accompagnement en coaching de vie.


L’accompagnant que je suis est régulièrement touché, voire impacté émotionnellement, énergétiquement, sensoriellement par ce que j’entends de la part du client. Pourquoi le nier ? Je ne suis qu’un être humain en état de disponibilité vis-à-vis de mes semblables, si merveilleusement singuliers et si précieusement uniques. Cependant, l’important à cet instant précis est de ne pas encombrer le client de mes mouvements intérieurs, de mes croyances et de mes pensées. Comment puis-je garantir à celui-ci un espace relationnel d’exploration dépouillé de mes propres encombrants ?


« Ta responsabilité en tant qu’accompagnant coach de vie est de préserver le libre espace de questionnement, la libre orientation de celui-ci, le libre déploiement de son énergie exploratrice et son libre-arbitre, là où il en est et tel qu’il est ». Tels sont les propos répétés inlassablement par un de mes anciens superviseurs…

En tant que coach de vie, je dois accepter que je ne sois qu’un témoin d’une histoire qui n’est pas la mienne et à laquelle pourtant je suis convié. Une histoire dans laquelle je ne peux apporter aucune pierre à son édification. Cela veut dire que ma place est ailleurs… Pas dans l’élaboration de son histoire, c’est évidemment clair. Voyons voir, où se trouve ma place dans ce scénario ? Je ne suis pas là pour savoir pourquoi et encore moins comment le client fera ou pas des liens entre les différents éléments de son histoire. Je ne suis pas là directement où « ça » travaille pour lui. En revanche, je suis là afin de garantir un relationnel bienveillant, bien traitant, respectueux de la globalité de sa personne et la sécurité de l’espace dans lequel précisément « ça travaille » pour lui.


Cela indique au coach de vie qu’il doit prendre soin de cet espace, de la qualité de la relation, l’entretenir par son propre questionnement et travail personnel, dont la supervision n’est pas le moindre. Pour que, ce qui n’est pas attendu puisse surgir, ce qui n’est pas prévu puisse advenir. Si rien n’est attendu, tout peut s’accueillir, le confortable comme l’inconfortable, le possible comme l’impossible, le soupçonné comme l’insoupçonné.


Lorsque j’accueille un client, je m’assure que je ne cherche rien, que je n’attends rien, que je ne désire rien…

Paul RICOEUR, philosophe, évoquait l’idée « d’homme capable », capable de dire, d’explorer, d’agir, d’évoluer, voire de se transformer. C’est à « cet homme ou cette femme capable » que le coach de vie s’adresse. Il ou elle reçoit du coach de vie la confirmation d’être pleinement soi-même, disposant des ressources nécessaires pour traverser un évènement. Être coaché n’est pas seulement une mise en récit, une découverte de soi-même, c’est aussi devenir capable de produire des évènements générateurs de justesse dans le quotidien.


Le coach de vie est alors le témoin bienveillant des réalisations menées par la personne coachée elle-même. Elle reçoit ainsi du coach de vie la confirmation de ses propres capacités à être une agissante consciente, autonome, responsable en étant elle-même en tant qu’autre.


Dans l’exercice de mon métier de coach de vie, il y a belle lurette que je n’ai plus de solutions pour l’autre. En revanche, ma foi en l’autre a grandi proportionnellement au point de devenir inconditionnelle…


Roger DAULIN

Ecol'COACH

Organisme de formation au métier de coach de vie

www.formation-ecolcoach.fr

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